Audiovisuel & Ecritures

Le discours d'un roi

un film de Tom Hooper

Etre bien né vous amène souvent à subir des obligations que le simple quidam ne peut apprécier à leur juste valeur. Et si par héritage, votre vie est destinée à écrire l’histoire d’un pays et d’un peuple, les contraintes sont souvent insurmontables.

Georges VI, suite à la mort de son père et à la démission des charges royales de son frère, trop volage et inconséquent pour être roi, doit prendre les rênes du royaume, alors qu’il souhaitait vivre humblement, comme un simple serviteur la royauté. Mais l’honneur de la lignée est en jeu, il doit se faire violence pour surmonter son émoi et sa difficulté à s’exprimer. Sa femme lui trouve un orthophoniste atypique qui va tenter par des méthodes originales, parfois irrespectueuses, à soigner le bégaiement royal. Il s’en suit entre le roi, être supérieur par droit divin, et l’orthophoniste australien, simple roturier et comédien raté, des querelles truculentes qui dépeignent deux mondes qui s’affrontent, deux êtres opposés en tout mais qui vont apprendre à se connaître, à s’apprécier, pour faire naître une amitié particulière indéniable et inaltérable.


Les films britanniques ont ce je ne sais quoi qui permet de mélanger avec malice et talent des notions telles que l’honneur, le respect des traditions et cet humour si particulier. Les acteurs jouent juste avec ce qu’il faut de touches de distinction et d’irrévérence. Colin Firth, qui joue le roi bègue, même s’il a peu de texte à cause de cet handicap, est étonnant. Car son rôle est porté seulement par son attitude et ses poussées de colère. Il est très dur d’exprimer des états d’âmes avec de telles contraintes. Il réussit cela à merveille. Quant à Geoffrey Rush, qui joue le docteur Logue, c’est en soi un condensé de tout l’esprit britannique qui se moque aisément des institutions royales avec humour et tact, mais qui a ancré au plus profond de son âme ce respect , incompréhensible pour un non britannique, pour la famille royale. Désinvolte, atypique, sincère, il est tour à tour cela, maîtrisant avec ravissement les débordements de son personnage.

A ce tableau, ajouter un réalisateur, Tom Hooper, qui sait très bien diriger ses comédiens, mais aussi maîtriser l’écriture cinématographique. Il soigne avec bonheur ses cadres, sait choisir ses objectifs, notamment le grand angle pour parfois appuyer le côté humoristique de l’histoire, joue avec la lumière pour créer tour à tour des ambiances pesantes ou légères. Un vrai talent au service du scénario.

Alors pour une fois que le héros n’est pas un personnage musculeux qui tue trente ennemis à la seconde ou un trentenaire français qui se pose la question existentialiste du moment : qui vais-je baiser ce soir et est-ce que cela va faciliter ma carrière ? Je vous invite vivement à aller voir ce film pour y respirer une grande bouffée d’air frais.


09/02/2011
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